20.05.16 03.06.16

Anthropologie de la montre. Investigations iconographiques, chapitres I et II

Anthropologie de la montre

Par « anthropologie de la montre », on entend une approche qui déplace la question de l’exposition du champ strictement artistique vers une problématique plus large des modalités d’apparition et de monstration du visible.

Une ébauche de cette nouvelle perspective a été publiée dans le n° 26 d’Art Press 2, en janvier 2015.

Il s’agit tout d’abord de faire éclater le cadre européo-centré de l’exposition au profit d’un comparatisme décomplexé, n’ayant peur ni des anachronismes ni des rapprochements entre cultures tenues pour incomparables. La voie d’une telle ouverture a été indiquée par nombre d’artistes contemporains dont les références vont à des objets, des attitudes ou des phénomènes qui n’appartiennent pas à la tradition gréco-latine de la high culture artistique.

Cette approche requiert l’abandon de tout présupposé esthétique, la suspension de tout jugement de valeur quant au beau et au laid. Le partage occidental et moderne entre nature et culture doit également être remis en question : les agents de la monstration pouvant être aussi bien les astres, les animaux ou les choses que les humains…

Partant de là, le terrain de la recherche est très vaste, quoi que curieusement jamais abordé comme tel par les anthropologues, à quelques exception près – Malinovski parle par exemple d’exposition en lien avec les pratiques de la culture des ignames et de la kula, chez les Trobriandais. Nous n’avons traité dans cette exposition que les deux premiers chapitres de notre programme. Un premier s‘appuie sur des variantes linguistiques autour des mots « expositions » ou « monstration », un second explore plus particulièrement l’idée de dispositif.

Ont été laissées de côté, en vue d’autres épisodes, les investigations 3, sur l’espace, 4, sur le temps, et 5, sur les règles et usages. Pour une vision complète du plan de la recherche, cf. <http://expositions.modernes.biz/>

D’un point de vue théorique, nous nous sommes appuyés, entre autres, sur Marcel Détienne qui propose de « comparer l’incomparable », sur Philippe Descola pour la critique de l’opposition nature vs culture, sur Alfred Gell pour la notion d’agent (Art and Agency).

 

La recherche s’expose

Cette exposition s’inscrit dans l’axe de recherche « Pratiques et théories de l’exposition » de l’Esban. En 2015-2016, le séminaire/ARC « Anthropologie de la montre » a été encadré par Jean-Marc Cerino, Hubert Duprat et Natacha Pugnet. Historien de l’art, organisateur d’expositions et fondateur des Archives modernes, Christian Besson en a été le chercheur invité.

Partant de la réflexion conduite dans le cadre de ce séminaire, les étudiant-e-s ont réalisé une collecte de documents orientée tant vers la culture visuelle que vers l’anthropologie – chacun, chacune s’emparant en la matière du sujet de son choix. Ils, elles ont ainsi augmenté la documentation des Archives modernes.

L’exposition est le résultat de cette collaboration. Elle matérialise la poursuite d’une politique – tant pédagogique que de recherche –particulièrement développée à l’Esban depuis plusieurs années en la matière : commissariats, accompagnements d’exposition et expositions d’étudiant-e-s en des lieux dévolus ou non à l’art.

Ce premier volet de « La recherche s’expose » vient donc exemplifier la manière dont s’effectue l’initiation à la recherche au sein de l’Esban, une recherche à laquelle contribuent indissociablement production plastique et production réflexive. Spécifique de la recherche en art, une telle démarche concilie la recherche par l’art et la recherche sur l’art.