Sauf à considérer que la soutenance de diplôme de fin de cycle constitue en soi un rite de passage, l’exposition réunissant les diplômé·e·x·s d’une école d’art en apparaît comme le prolongement en même temps qu’elle représente ce qui, dans l’intervalle, s’est déjà amorcé, à savoir, l’après-école et donc, l’en-dehors (1).Si elle tend à contribuer à la visibilité et la professionnalisation des intéressé·e·s dans l’écosystème artistique, elle marque un nouveau seuil au sein d’une période intermédiaire et nécessairement ambivalente charriant son lot de savoirs et d’incertitudes, d’acquis et de désapprentissages, de désirs et d’inquiétudes. Ce sentiment (de) trouble, qui pourrait sembler plus que passager tant il est raccord avec l’instabilité ambiante, est ici présent, prégnant, tout en étant traversé et animé par un souffle vital prometteur, chargé d’agentivité.
Réuni·e·s lors d’un workshop à l’école début décembre, les douze diplômé·e·x·s ont activement pris part à ce projet ambitieux et se trouvent impliqué·e·s dans toutes ses étapes du début à la fin, de la communication à la médiation en passant par la production, la programmation événementielle ou encore le (dé)montage. La dimension collective et polyphonique de l’exposition est amplifiée par deux propositions singulières : les « points sensibles », lieux de cœur choisis par chacun·e et associés à leurs mots (à retrouver sur le plan de visite) ; et la « microthèque », une collection ouverte et partagée de micro-éditions, images, objets, etc. (à retrouver à Pamela). En écho à l’exposition sont programmées une soirée de projection de films et une soirée de lectures.
Aussi hétérogènes soient-elles, les pratiques et les œuvres rassemblées pour l’occasion soulèvent des problématiques communes qui, si elles peuvent parfois entrer directement en écho avec cette notion de liminalité (2), font plus largement apparaître des tensions dialectiques charnières (intérieur / extérieur, présence / absence, réel / fiction, étrange / familier (3), etc.) qui jouent moins sur les polarités que sur des porosités fertiles activant de nouveaux imaginaires poétiques et politiques au beau milieu de nos « futurs perdus » (4).
Les notions de foyer, de déplacement, d’interstice et de marge se révèlent récurrentes et invitent à (re)penser la question fondamentale des lieux et des espaces — que nous habitons, traversons, aimons, (d’)où nous (re)venons, partons, parlons, etc. — à la fois physiques et psychiques.
Cette mise en mouvement et en circulation — des corps, des sons, des idées, des images, des mots, etc. — se veut garante d’une forme d’intégrité qui repose sur le différent et le fragment.
La configuration même de l’exposition, déployée en quatre lieux distincts, incite à arpenter une partie de la ville et à en redessiner collectivement une cartographie sensible et affectée tournée vers l’avenir et ses possibles.
Anne-Lou Vicente
1.Dans la danse académique, l’en-dehors permet à la hanche de pivoter vers l’extérieur, donnant une entière liberté de mouvement à l’exécutant. Source : dictionnaire Larousse en ligne.
2. Concept forgé par l’anthropologue français Arnold van Gennep (1873-1957) dans ses travaux sur les rites de passage.
3. « Le bizarre partage avec l’omineux une préoccupation de l’étrange. L’attraction qu’exercent le bizarre et l’omineux […] tient davantage à une fascination de l’en-dehors, de ce qui se situe au-delà de la perception, de l’entendement et de l’expérience habituels. » Voir Mark Fisher, Par-delà étrange et familier : le bizarre et l’omineux, Éditions Sans soleil, Collection Hz, 2024, p. 20.
4. Mark Fisher constate la « lente annulation du futur » au prisme de l’analyse d’objets culturels (essentiellement musicaux) symptomatiques d’une sorte de bouclage permanent du passé dans le présent, devenu bégayant. Voir Mark Fisher, Spectres de ma vie : Écrits sur la dépression, l’anthologie et les futurs perdus, Éditions Entremonde, 2021.
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Informations Vernissage
En présence d’Anne-Lou Vicente, commissaire d’exposition
Vendredi 6 février 2026 à 18h00 à l’Hôtel Rivet
Précédé entre 16h et 18h d’un parcours d’inauguration entre les quatre lieux d’exposition que sont Pamela Artist-Run Space, Carré d’Art, la chapelle des Jésuites, et l’ésban-Hôtel Rivet.
16h Début du parcours à Pamela Artist-Run Space
6 bis rue Sainte-Catherine
avec Quentin Duvillier, Ama Lietard, Noémie Cartailler-Combe
16h45 Passage à Carré d’Art
16 place de la Maison Carré
— Galerie du Hall – Mur Foster
avec Alix Di Jusco et Malaury Landas
— Panneaux d’affichage numérique
avec Alix Jolly
17h30 Passage à la Chapelle des Jésuites
avec Noémie Cartailler-Combe, Alix Jolly et Leïla Nagel Hamed Abdelouahab
18h00 Vernissage à l’ésban – Hôtel Rivet
avec Aurore Charles, Margot Fosse, Roman Garima, Alix Jolly, Lucas Lemesic, Jade Lesieur Bridel et Ama Lietard
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Deux événements accompagnent cette exposition
Jeudi 19 février 2026 à 20h30 au Cinéma le Sémaphore
25 rue Porte de France
Projection de Il fait du soleil dehors de Malaury Landas et Bug’s Night de Roman Garima suivie d’un échange entre les artistes et le public.
Aux tarifs habituels du cinéma
Mercredi 4 mars à 18h30 2026 au Théâtre le Périscope
4 rue de la Vierge
Soirée de lectures : Lectures Liminales
Lectures Liminales est une proposition portée par quatre artistes diplômé·es de l’ésban — Noémie Cartailler- Combe, Alix Di Jusco, Alix Jolly et Leïla Nagel Hamel Abdelouahab — réunissant leurs textes qu’iels mettent
en voix. La lecture sera suivie d’un temps d’échange entre les artistes et le public. Modérée par Annalisa Bertoni, enseignante à l’ésban.
Entrée libre
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Jours et horaires d’ouverture par lieu
Expositions visibles du 7 au 28 février 2026 à l’ésban, la Chapelle des Jésuites et Pamela Artist-Run Space et jusqu’au 1er mars à Carré d’Art aux horaires suivants :
ésban – Hôtel Rivet
10 Grand Rue
samedi 7 février, 10h-18h
dimanche 8 février, 10h-18h30
du 9 au 20 février de 10h à 18h du lundi au vendredi
et le 25, 27 et 28 février de 13h-18h
La Chapelle des Jésuites
17 Grand Rue
du mardi au vendredi de 10h-18h
samedi et dimanche 10h-18h30
Carré d’Art
16 Place de la Maison Carrée
du mardi au vendredi de 10h-18h
Samedi et dimanche 10h-18h30
Pamela Artist-Run Space
6 bis rue Sainte-Catherine
samedi 7 février, 10h-18h
dimanche 8 février 10h-18h30
puis ouvert les mercredis, vendredis et samedis
de 13h à 18h
En dehors de ces horaires, il est possible de prendre un rendez-vous pour une visite privée à l’adresse suivante communication@esba-nimes.fr